De toutes les affaires criminelles, qu’au fil des années, mon ami Hugh Lamark et moi avons mené au côté d’Alexandre Pénicaud, commissaire au 36, quai des Orfèvres à Paris, celle-ci fut de loin la plus troublante et la plus épineuse.
C’était un bel après-midi d’hiver. De gros flocons blancs tombaient en abondance sur les trottoirs et les rues de notre capitale.
Afin de ne pas rester seul et de profiter de la douce chaleur de sa cheminée, j’avais rejoint mon camarade dans son appartement douillet.
Lamark finissait de lire les journaux du jour. Quant à moi, bien installé dans l’un de ses fauteuils, je relisais pour la énième fois Le nom de la rose d’Umberto Eco, une intrigue moyenâgeuse que j’avais toujours trouvée passionnante.
— Sept meurtres à Pigalle, rien qu’en l’espace de trois semaines, c’est affolant me dit soudain mon ami en bourrant une pipe.
— À coup sûr, il ne peut s’agir que d’un tueur en série, avançai-je en quittant la lecture de mon livre.
— Ce n’est pas certain, me contra Lamark. Les agents de la police technique et scientifique ont relevé les empreintes sur les scènes de crimes, et aucune ne correspond à une autre.
— Les meurtriers agiraient donc à plusieurs, déduisis-je, tandis que Lamark allumait nonchalamment le foyer de sa pipe en morta.
Il se leva de son siège, se dirigea vers la fenêtre, et resta immobile quelques minutes en regardant la neige qui continuait inlassablement de tomber.
— Et toutes sont des prostituées, poursuivit-il en regagnant son fauteuil.
— Ces meurtriers seraient-ils des descendants ou des admirateurs de Jack l’Éventreur ? craignis-je en fronçant le nez.

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