Le guillotiné de la Saint-Médard

Depuis les premières lueurs de l’aube, la pluie tombait sans discontinuer.
Une pluie fine, mais froide, entrecoupée de giboulée.
L’horloge murale accrochée au mur du salon de l’appartement de mon ami sonna la sixième heure de l’après-midi.
Hugh Lamark et moi, vautrés dans de larges fauteuils oreilles en cuir pleine fleur qu’il venait d’acheter, débattions sur l’un de nos sujets favoris : la vie après la mort, lorsqu’on frappa à la porte.
— Entrez ! Miss Berwick, cria mon camarade en se levant d’un bond.
La porte s’ouvrit lentement.
Notre bonne Margaret apparut, vêtue d’un long tablier noir et serrant un torchon de cuisine dans sa main.
— Qu’y a-t-il ? Miss Berwick, demandai-je avec un sourire.
— Une jeune fille, bon chic bon genre, demande à être reçue.
—Vous êtes-vous renseignée sur le motif de sa visite ? s’enquit Lamark.
— Elle a l’air stressée et très malheureuse.
Elle froissa son torchon et l'enfonça dans la poche de son tablier.
« C’est tout ce que je peux vous dire, dit-elle en baissant la tête.
— Bien, dit mon ami, nous allons la recevoir.
— Elle est assise sur une chaise de votre salle à manger, Mister O’Witte.
— Qu'elle patiente quelques instants, conclus-je. Essayez de la détendre en lui offrant un apéritif.
Margaret s’apprêtait à quitter l’appartement, quand soudain elle se retourna vivement vers nous.
— Et n’oubliez pas. Le dîner est à 19 heures précises. J’ai préparé un sauté de dinde au paprika accompagné d’un parmentier d’aubergines.
A l’énoncé de ces plats succulents et délicieux, les yeux de Lamark scintillèrent d’un vif contentement.
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