Hugh Lamark et Mister O'Witte

 
mystère dans la vallée des rois
Le monstre du monastère

 

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Hugh Lamark et Mister O'Witte

La rencontre d'Hugh Lamark et de Mister O'Witte

Hugh Lamark et moi sommes compatriotes.
Et, lorsque durant mes longues et profondes méditations solitaires, je réfléchis à cette citation de la mythologie grecque : « Le destin est une puissance supérieure aux dieux », il apparaît que le nôtre en fut la preuve irrécusable et carrément irréfragable.
Il y a presque un demi-siècle, nous sommes nés tous deux avant terme, à sept mois et vingt jours, le matin de la même journée, à deux heures quatorze minutes d’intervalle, dans la même maternité située à proximité de la nouvelle cathédrale Saint-Michel de Coventry dans le comté du Warwickshire.
Tous deux nous étions fils unique, avions eus un père et une mère exerçant chacun la profession d’avocat et avions été mis en pension dans une institution religieuse (différente toutefois) jusqu’à la fin de nos études secondaires.
Après un court passage à l’université de Warwick, suivi peu de temps après par une traversée plus brève encore dans celle d’Édimbourg en Écosse où, à cause de l’austérité de ces bâtiments uniformes construits en lave volcanique grise, nous avions ressenti chacun (sans nous avoir rencontrés une seule fois dans cet établissement) des accès réguliers de spleen et de mélancolie, nous décidâmes tous deux, sans que ni l’un ni l’autre ne le sache, d’établir notre domicile à Paris.
Ce fut dans la Ville Lumière chantée, peinte et glorifiée par tant d’artistes de renom et tant de chantres inconnus (où nous avions chacun emménagé dans un studio situé dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés), qu’au début d’un bel après-midi d’août nos chemins se croisèrent pour la première fois sous le dôme des Invalides.
Nous contemplions côte à côte le sarcophage de porphyre de cet empereur légendaire que l’Angleterre, à mon humble avis, avait eu tort de déporter sur cette île de basalte surgissant au milieu des vagues écumeuses de l’Atlantique sud.
Fortuitement, ce furent les remarques malséantes d’un touriste à l’accent germanique – lequel comparait imbécilement le « petit caporal » français à celui de son pays – qui dans un même élan d’équité nous firent exploser de colère et partager nos premiers mots.
Quelques instants plus tard, nous calmions notre ardeur devant un demi de bière bien mousseuse sur la terrasse ombragée d’une brasserie de l’avenue de Breteuil.
Après une heure de conversation passionnée et passionnante, ce fut le plus naturellement du monde que nous devînmes amis.
À cette époque, Lamark et moi fréquentions encore l’Université. Mon nouveau camarade suivait des cours de droit, de biologie et de sociologie. Parallèlement à ces trois disciplines, il étudiait aussi, et surtout, la criminologie (il publia d’ailleurs une monographie sur l’instinct criminel du 17e jusqu’au milieu du 20e siècle) que lui enseignèrent d’abord le professeur Georges Heuyer, puis un ancien commissaire de police de Lyon (hélas, aujourd’hui décédé)
Ce dernier, en son temps, avait résolu les énigmes des homicides les plus troublants et les plus complexes de son époque. Tandis que moi, sempiternel élève studieux, j'étudiais assidûment l’histoire antique et moyenâgeuse de l’Europe, tâche laborieuse que je complétais par un travail de recherche – que m’avait confié un éminent professeur d’une université parisienne – sur l’ancienne civilisation phénicienne, du culte de ses dieux Baal et Ashtart et, bien évidemment, de la création de ses comptoirs et colonies
Une tâche de longue haleine que je menai à bien et à l’issue de laquelle on me décerna le titre de docteur honoris causa.
La France nous séduisit tellement que n’ayant plus ou peu d’attaches familiales et amicales dans notre patrie d’origine, nous décidâmes de ne plus jamais la quitter.
Un excellent confort financier (nous percevions tous deux, chaque fin de mois et chaque début d’année, diverses rentes et intérêts de placements judicieux légués par nos aïeux respectifs) nous mettait à l’abri de nos moindres besoins.
En outre, depuis que nous avions créé, voilà bientôt vingt ans, une agence d’investigations et de recherches, nous facturions, lorsqu’un client requérait nos services afin de résoudre certaines affaires très compliquées, des honoraires substantiels, bien que parfois, et même souvent, nous ayons éclairci gratuitement plusieurs mystères palpitants ayant attisé notre passion inextinguible de détective jusqu’à en découvrir la solution. Il arrivait que l’État, après nous avoir confié une mission particulière, nous gratifie quelquefois de telle ou telle décoration. Cela nous permettez, lors de nos rares et fugaces apparitions aux soirées artificielles de la gentry et de la jet-society, d’arborer chacun à la boutonnière la rosette tant convoitée de grand-croix de la Légion d’honneur.
Depuis la création de notre agence, nous résidions communément dans un duplex cossu implanté en plein cœur du Marais, dans le 4e arrondissement de Paris. Tous les deux aimions profondément ce quartier. L’un des plus animés et des plus typiques de Paris. Lamark vivait au second étage de notre duplex et j’occupais toute la surface de l’étage en dessous.
Concernant notre vie privée, nous avions chacun des pôles d’attraction très différents. Lamark se montrait un lecteur invétéré et assidu. Chez lui, chaque pan de mur supportait un rayonnage de livres de tous genres – des philosophes grecs, Platon, Cicéron, Épicure et Aristote, en allant aux œuvres de Diderot, Montaigne, Voltaire (qu’il appréciait particulièrement), Shakespeare, Pouchkine, Dostoïevski, et beaucoup d’autres, jusqu’au dernier best-seller intéressant qui venait de paraître.
Contrairement à lui, je lisais peu (du moins peu de littérature). Mes distractions favorites se bornaient surtout – de par une passion innée qui m’animait depuis mon plus jeune âge, et de par une marotte qu’avait déclenché, au fil de mes longues promenades au hasard des places et des rues, les imposants immeubles d’autrefois et les remarquables monuments qui abondaient dans notre incomparable capitale – à l’histoire de Lutèce et de Paris.
Souvent, on pouvait me voir sillonner telle avenue, impasse ou ruelle, à la recherche du moindre indice historique. Par contre, dès que nous entendions un morceau de musique classique, de country ou de jazz, cela exaltait réciproquement nos sens de mélomanes. Et bien que l’on m’entendît parfois jouer fort médiocrement de l’harmonica ou de la guitare sèche, Lamark me surpassait avec maestria dans l’art et la technique musicale. Son instrument favori et de prédilection demeurant, depuis son adolescence, l’épinette, il en exécutait les œuvres avec talent, à l’image d’un musicien chevronné. D’ailleurs, il en possédait une d’une facture remarquable. La réplique fidèle d’un instrument des Rückers d’Anvers. Et, de temps en temps, lors de nos trop inaccoutumées, mais longues soirées calmes et paisibles, j’étais invité à un concert privé des plus ravissants. Son être tout entier baignait dans la pièce de musique qu’il interprétait, et tout en écoutant, j’étais captivé par ses doigts longs et fins dansants et voltigeant sur le clavier.
Miss Berwick, notre inestimable gouvernante, ex-concubine d’un quartier-maître de la Marine royale britannique tué lors du démâtage accidentel d’une jonque naviguant en pleine mousson sur la rivière de Perles à l’embouchure de Hong Kong, nous choyait à merveille.
Depuis près de quinze ans à notre service (nous l’avions connue en Écosse au cours d’une enquête mémorable que nous menâmes à Glasgow aux côtés de l’inspecteur Rockford de New Scotland Yard, au terme de laquelle les investigations de mon ami avaient subjugué une grande partie de l’opinion internationale quand celui-ci résolut l’énigme du vaisseau de la Clyde) Miss Margaret Berwick était notre véritable ange gardien, vaquant à toutes nos tâches ménagères.
Nous déjeunions et dînions dans son logement situé au rez-de-chaussée, juste en dessous de notre duplex, un bel appartement que nous lui octroyions gracieusement, en plus de ses gages mensuels, pour contrepartie de son excellent service et de sa disponibilité. Nelson, son perroquet du Gabon, bel oiseau gris à la queue rouge (que nous avions récupéré à la suite d’une affaire passionnante, mais cruelle où Lady Milhailovic, d’origine serbe et épouse de Sir Sembledon – l’une des fortunes les plus importantes du Royaume-Uni – avait été, pour une sordide histoire de rançon, lardée de coups de poignard, dépecée et jetée en pâture à un alligator pensionnaire de la ménagerie du kidnappeur, qui plus est avait été l’amant de cette lady), Nelson, l’amiral, comme aimait le chahuter Lamark, était le compagnon fidèle et bruyant de Margaret. Celui-ci, bizarrement, était polyglotte. Et chaque matin, autant que le soir, ce volatile exotique nous accablait de ses mots et demi-phrases en français, en anglais, et même en latin. « Fame ! fama. Mââââlfamé ! » braillait-il, en agitant ses ailes, bien agrippé à son perchoir.
Bien qu’à maintes reprises j’aie soupçonné Lamark d’être l’instigateur de cette locution, les réponses ambiguës dans lesquelles il s’emberlificota un jour où j’insistai sur ma requête firent que cette fois-ci, mon doute se transforma instantanément en certitude.

Les aventures

d'Hugh Lamark et de Mister O'Witte

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